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Entraide et Fraternité

Rapport annuel 2020

LE VIRUS A TOUT BOULEVERSÉ… SAUF LA SOLIDARITÉ

Mars 2020 a sonné le début d’une période inédite et imprévue.

Pour Entraide et Fraternité, l’annulation de la venue de nos partenaires haïtiens a été suivie de près par l’annonce de la fermeture des églises. Cela a donné un coup d’arrêt à une campagne de sensibilisation qui avait pourtant démarré avec beaucoup de dynamisme à l’occasion de la commémoration des 10 ans du tremblement de terre en Haïti.

Les crises renforcent souvent les inégalités. Il en est ainsi du changement climatique mais aussi de celle causée par la pandémie de Covid-19. Les effets sont inégaux entre pays : alors que chez nous, les systèmes de protection sociale et l’action des gouvernements ont permis de réduire le choc, les possibilités de réponse étaient moindres dans des pays où la survie de la population dépend fortement (comme notamment en Haïti) de l’économie informelle ; là où il n’y a pas de filet de sécurité sociale, là où une forte réponse financée par l’emprunt n’est pas ou moins possible. Les « lock down » (« verrouillage des portes » dans sa traduction littérale) ont précipité des milliers de familles vers la précarité, et celles déjà en situation précaire dans la pauvreté, voire l’extrême pauvreté.

Portrait d'Axelle Fischer
Axelle Fischer

Secrétaire générale

Portrait de Christian Valenduc
Christian Valenduc

Président

Entraide et Fraternité est une ONG catholique de solidarité internationale. Elle défend un monde juste et solidaire en appuyant la réalisation de projets de développement définis en partenariat avec des associations locales des pays du Sud et en menant des actions d’éducation et de plaidoyer en Wallonie et à Bruxelles.

L’agroécologie, une réponse structurelle aux défis de notre temps

Face à cela, les partenaires d’Entraide et Fraternité ont fait preuve d’un énorme courage et d’une importante force d’adaptation, nous souhaitons ici leur rendre hommage. Tout au long de cette année, ils et elles ont été sur le terrain et ont accompagné les populations locales face aux besoins spécifiques posés par la pandémie. Cela a permis de continuer à faire vivre les projets d’agroécologie et d’ainsi faire face à la diminution des ressources alimentaires renforcée par la fermeture de frontières : nos partenaires locaux ont témoigné à cet égard que, là où l’agroécologie existe (même aux niveaux micro et local), la consommation d’aliments a pu être assumée par une production alimentaire de qualité. Mais la réponse ne peut être apportée uniquement aux niveaux local et technique. Elle doit l’être également aux niveaux global et… politique.

Annulation de la dette à l’agenda

Nos partenaires ont également fait un appel en faveur d’une prise de responsabilité mondiale pour que la santé des populations devienne la priorité de leurs responsables politiques. Mais comment dégager des fonds alors qu’une grande partie de ceux-ci sont réservés au remboursement de dettes, parfois contractées par leurs prédécesseurs de manière illégale ou utilisées par ceux-ci à des fins personnelles ? L’occasion pour nous de faire retentir l’appel du pape François qui, dans son encyclique Fratelli tutti, appelle à plus de justice dans les relations internationales et nous rappelle que cette justice « implique que soit garanti le droit fondamental des peuples à leur subsistance et à leur progrès, qui est parfois gravement entravé par la pression exercée par la dette extérieure ».

Avec notre réseau des ONG de développement catholiques, la CIDSE, nous avons obtenu l’appui de 120 représentants religieux à travers le monde et nous avons ainsi remis la question de l’annulation de la dette des pays appauvris à l’agenda politique.

La force de la solidarité

Cette année 2020, nous avons été particulièrement comblés par votre solidarité ; qu’elle se soit exprimée par de généreux dons et ou par de nombreux messages d’encouragement. Malgré la situation, nous n’avons pas succombé à la tentation du repli sur soi et le lien humain a été maintenu. Merci à l’équipe qui a su adapter progressivement ses méthodes de travail pour continuer à vous informer, même à distance, car le savoir et la compréhension sont une base solide pour une action qui a du sens. Merci à l’Église de Belgique, ses paroisses et, plus particulièrement, à notre évêque référendaire, Mgr Delville : la collecte exceptionnelle à l’occasion de la Journée Mondiale des Pauvres a été le symbole que la mission d’Entraide et Fraternité est toujours d’actualité, y compris en temps de crise. En 2020, nous avons démarré un nouveau cadre stratégique. Rêvé et mis en place avec l’équipe, les instances décisionnelles et des volontaires, il s’agit d’un véritable guide de notre action dans les cinq années à venir.

C’est dans une situation de crise qu’on perçoit l’importance d’avoir des repères solides.

Parmi nos nouveaux défis, nous avons choisi de démarrer un soutien à des partenaires en Israël-Palestine. L’actualité nous montre à quel point c’était opportun : le gouvernement d’Israël choisit délibérément de se mettre en illégalité au regard du droit international et continue ses politiques discriminatoires de déplacements forcés, entraînant une nouvelle escalade de violence dans la région. Nous avons la responsabilité de ne pas fermer les yeux, de ne pas laisser la pandémie mondiale éclipser les injustices et exactions.

Ensemble, cheminons vers une justice sociale et environnementale

L’année 2020 a marqué le début du nouveau cadre stratégique (2020-2024) d’Entraide et Fraternité. À l’heure où la pandémie de Covid-19 a renforcé la complexe crise socio-environnementale de nos sociétés (explosion des inégalités, etc.), la transition vers une justice sociale et environnementale constitue plus que jamais le fil conducteur de notre action. Celle-ci se structure plus particulièrement autour de la défense de droits que nous considérons essentiels afin de garantir à l’humanité un futur durable et digne.
paysans

Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin

Entraide et Fraternité ne peut évidemment atteindre ces objectifs seule. Dans une volonté de parler d’une voix forte et commune, nous travaillons avec de nombreux réseaux belges et internationaux qui partagent nos combats: CIDSE, CNCD-11.11.11, Coalition contre la faim, Commission Justice et Paix…

3 enjeux

objectifs thématiques prioritaires

Le droit d'accès aux ressources
L’accès aux ressources offre une approche holistique à la thématique du droit à l’alimentation.
Notre objectif
Les communautés exercent leurs droits à l’accès et à la gestion participative, juste et durable des ressources afin d’améliorer leurs conditions de vie tout en préservant l’environnement.
Les droits des enfantes et des jeunes
Les enfants et les jeunes de moins de 25 ans représentent près de la moitié de la population mondiale. Même si des progrès ont été accomplis ces dernières années, la pandémie de Covid-19 et l’aggravation de la pauvreté qui en résulte ont fait régresser de manière considérable les conditions de vie et le respect des droits des enfants et des jeunes.
Notre objectif
Soutenir des initiatives qui favorisent la participation des enfants au sein de leur communauté afin de construire des solutions les concernant aux niveaux politique, climatique, social et culturel. Cette participation des enfants et des jeunes est vue comme un moyen et un objectif.

objectifs thématiques transversaux

Les droits civils et politiques
Entraide et Fraternité veut œuvrer à la protection et à la promotion des droits civils et politiques des individus et des mouvements sociaux dans les pays du Sud qui font l’objet d’une criminalisation par les pouvoirs en place. Une attention particulière est accordée à celles et ceux défendant l’accès aux ressources.
Le droit d’égalité de genre
Les femmes continuent malheureusement à être les premières victimes des inégalités sociales, économiques et culturelles de nos sociétés patriarcales. Entraide et Fraternité sensibilise ses différents publics et partenaires à cette dimension et soutient des projets qui intègrent l’égalité de genre, incontournable afin d’atteindre un développement juste et durable.

Nos modes d’action

Nous avons choisi de rester fidèles à nos moyens d’action traditionnels, qui sont appréciés et reconnus :

  • le soutien d’associations partenaires dans les pays du Sud (partenariat)
  • l’éducation à la citoyenneté et la mobilisation des communautés catholiques et, plus largement, du public francophone et germanophone belge (éducation et mobilisation)
  • la contestation et la proposition d’alternatives aux structures et mécanismes injustes de nos sociétés (plaidoyer politique)

La carte des partenaires

Amérique latine & Haïti

partenaires : 27 | 5 pays

Montants transférés
Total 836.217 €  
Guatemala 283.962 €
Nicaragua 235.967 €
Haïti 226.673 €
Brésil 47.715 €
Pérou 41.900 €

Afrique

partenaires : 25 | 4 pays

Montants transférés
Total 834.810 €  
RD du Congo 264.118 €
Burundi 251.135 €
Madagascar 199.157 €
Rwanda 120.400 €

Asie

partenaires : 10 | 3 pays

Montants transférés
Total 278.613 €  
Philippines 252.433 €
Israël / Palestine 15.000 €
Inde 11.180 €
Programme droit accès aux ressources
Programme pour les droits des enfants

Initiatives citoyennes initiatives citoyennes de solidarité internationale

Programme réunissant des projets portés par des citoyen·nes engagé·es en Belgique

Objectif prioritaire : Le droit d'accès aux ressources

Quels systèmes alimentaires pour demain?

La pandémie de Covid-19 est en train d’effacer plusieurs décennies de progrès contre la faim dans le monde. Selon différentes estimations, plus de 130 millions de personnes ont rejoint en 2020 les centaines de millions de personnes souffrant déjà de la faim avant la crise sanitaire. Plus d’un habitant sur neuf aujourd’hui dans le monde est sous-alimenté. La crise sanitaire révèle l’échec du système industriel alimentaire mondial. Elle démontre qu’il est vital de prôner la création de systèmes basés sur une production et une consommation locales et plus diversifiées. Entraide et Fraternité mène en ce sens, en coopération avec des organisations partenaires locales, un programme ambitieux dans plusieurs pays. L’agroécologie, qui favorise notamment les petites exploitations à échelle humaine, les circuits courts, la diversification de la production, le respect de l’environnement…, est au cœur de ce programme. La crise sanitaire a mis en évidence sa pertinence afin de contribuer à la souveraineté alimentaire des populations.

Agroécologie : une solution pertinente

AFRIQUE DES GRANDS LACS - RD Congo, Burundi
Afin de prévenir la pandémie de Covid-19, La République démocratique du Congo et le Burundi ont notamment décidé, durant les premiers mois, de fermer totalement leurs frontières, avant d’imposer ensuite de nombreuses exigences lors de leur réou- verture. Ces décisions ont réduit considéra- blement la nourriture et les intrants agri- coles sur les marchés, les deux pays étant fortement dépendants de leur importation.

Diversifier les cultures : la résilience des paysan·nes

Madagascar - Philippines - Haïti
Afin de faire face aux crises, la résilience des communautés passera obligatoirement par la diversification des cultures et des revenus agricoles. Une diversification au cœur de l’agroécologie promue par les partenaires d’Entraide et Fraternité.

Les circuits courts comme réponse à la crise alimentaire

AMÉRIQUE LATINE - Guatemala, Brésil
L’Amérique latine est la deuxième région la plus touchée en nombre de morts par la pandémie de Covid-19. C’est aussi la région où une autre crise profonde, celle de la faim, sévèrement aggravée par la pandémie, s’est le plus accrue au fil des mois.

Covid-19 : pressions sur les terres

HAÏTI
Durant la pandémie de Covid-19, la pression par les pouvoirs en place sur les terres des communautés locales s’est renforcée. Or, l’accès à la terre est une condition essentielle afin d’assurer la dignité de ces communautés.

RD Congo

Grâce à l’agroécologie qui permet notamment de réduire le recours aux intrants extérieurs, les coopératives paysannes soutenues par les partenaires d’Entraide et Fraternité ont continué à assurer une production locale.

Burundi

Au Burundi, les 218 coopératives soutenues par les partenaires d’Entraide et Fraternité, grâce notamment à un meilleur rendement des cultures, ont augmenté leurs revenus en moyenne de 27 %.

Madagascar

À Madagascar, face au spectre de la famine due la pandémie de Covid-19 et au confinement, les travailleurs et travailleuses pauvres des villes ont choisi de fuir vers les campagnes, avec l’espoir de pouvoir vivre des produits des terres de leur famille restée au village.

Philippines

Les Philippines sont le pays le plus touché d’Asie du Sud-Est par la pandémie en 2020. Dès l’apparition au mois de mars de la Covid-19, le président philippin Rodrigo Duterte a imposé un confinement parmi les plus stricts au monde.

Haïti

À Madagascar, face au spectre de la famine, les travailleurs et travailleuses pauvres des villes ont choisi de fuir vers les campagnes, avec l’espoir de pouvoir vivre des produits des terres de leur famille restée au village.

Guatemala

Dans l’Ouest du Guatemala les partenaires d’Entraide et Fraternité ont accompagné 679 familles paysannes à affronter le confinement imposé par les autorités : fermeture des marchés dans les villes, restrictions des déplacements, etc.

Brésil

Le Brésil est le deuxième pays au monde le plus endeuillé avec près de 200.000 décès liés à la Covid-19 en 2020.

Rwandaise se lavant les mains

NOS PARTENAIRES FACE À LA COVID-19

Entraide et Fraternité a mobilisé des fonds spécifiques afin de permettre à ses partenaires de prévenir la propagation du virus au sein des communautés paysannes mais aussi afin que celles-ci puissent se conformer aux règles sanitaires et ainsi continuer dans la mesure du possible à produire et vendre leurs récoltes.

QUELQUES CHIFFRES

pictogramme hydrogel

Brésil

Distribution de 2.500 masques et gel hydroalcoolique à plus de 2.000 paysans et paysannes

pictogramme masque

Philippines

Conseils personnalisés et distribution de matériel de protection à près de 1.500 familles paysannes

pictogramme covid-19

Haïti

Sensibilisation de plus d’1 million de la population à la prévention du virus grâce aux radios communautaires de notre partenaire SAKS

pictogramme hygiene

Rwanda

Sensibilisation de 20.000 paysans et paysannes et installation de citernes de collecte d’eau de pluie pour le lavage des mains

Israël-Palestine : une nouvelle page d’Entraide et Fraternité s’ouvre

Entraide et Fraternité entame son action en Israël et Palestine

Portée par l’Église universelle et guidée par les principes de justice, de dialogue et de paix, Entraide et Fraternité a commencé à soutenir des projets en Israël et Palestine. Entraide et Fraternité veut contribuer à l’avènement d’une paix juste et durable, mettre fin à l’occupation et apporter sécu- rité, dignité et prospérité aux populations de cette région. Dans un conflit qui suscite de vives émotions, le respect du droit international - et des droits humains - constitue pour Entraide et Fraternité une véritable boussole pour déterminer chacune de ses actions et positions. Afin d’atteindre cet objectif, Entraide et Fraternité mobilise ses trois grands champs d’action tradition- nels, notamment le soutien à des initiatives locales de la société civile, tant israéliennes que palesti- niennes.

Une expansion sans précédent des colonies

Le gouvernement israélien a profité que tous les regards étaient fixés sur la pandémie pour accélérer la colonisation des terres en Palestine. Une colonisation qui empêche les Palestiniens et Palestiniennes d’accéder aux ressources essentielles pour mener une vie digne. Entraide et Fraternité a soutenu deux nouvelles initiatives de la société civile afin de faire face à ce phénomène. Le Centre israélien des affaires publiques (ICPA), qui vise à renforcer le mouvement en Israël contre la politique d’occupation, a mené avec le soutien d’Entraide et Fraternité une campagne dénonçant les démolitions massives des maisons et les expulsions des résidents palestiniens de Massafer Yatta, près d’Hébron. Entraide et Fraternité a également soutenu à travers l’ONG Sadaka Reut la collaboration entre des jeunes activistes palestiniens et israéliens. Ensemble, ils documentent à travers des vidéos la vie des familles du Sud d’Hébron qui font face quotidiennement aux violences des colons israéliens. Ces jeunes visent à attirer l’attention de la communauté internationale mais également, et surtout, à encourager d’autres groupes de jeunes, tant palestiniens qu’israéliens, à se mobiliser contre l’occupation israélienne et l’expansion des colonies.

photo : Edward Crawford / Shutterstock.com

Influencer les politiques pour l’intérêt commun

manifestants avec masques sanitaires
Créer un environnement politique favorable au développement d’un système alimentaire juste et durable, tel est l’objectif du Service politique d’Entraide et Fraternité. Il nécessite de lutter contre les blocages structurels, notamment ceux liés aux règles du commerce international (accords de libre-échange dérégulés, concentration du pouvoir aux mains de quelques multinationales, mécanisme de la dette, etc.), qui empêchent les peuples d’accéder à leurs ressources et de vivre dignement.

UNE ANNÉE COURONNÉE DE SUCCÈS

Malgré les confinements, le Service politique d’Entraide et Fraternité a multiplié les actions, les analyses, les rencontres en ligne avec les personnes qui prennent des décisions politiques, les interpellations au Parlement, les cartes blanches dans les médias, etc. Une multiplication des démarches qui a généré de nombreuses victoires venant couronner des années de lutte !

De multiples points défendus depuis de nombreuses années par Entraide et Fraternité ont enfin été intégrés dans les engagements du nouveau gouvernement belge constitué le 1 octobre, plus d’un an après les élections législatives fédé- rales. Le rôle d’Entraide et Fraternité est maintenant de contribuer à traduire ces engagements en actes. Un processus déjà en cours !

manifestants avec masques sanitaires et banderoles Stop Mercosur
1

L’AGROÉCOLOGIE ENFIN RECONNUE PAR LE GOUVERNEMENT BELGE

Après la reconnaissance par plusieurs instances des Nations unies comme le Comité de la sécurité alimentaire mondiale, la ministre socialiste de la Coopération belge au développement, Meryame Kitir, a engagé formellement la Belgique à investir dans l’agroécologie.

Considérant le droit à la sécurité alimentaire comme un droit humain, le nouveau gouvernement belge mentionne explicitement, pour la première fois, l’agroécologie comme une stratégie afin de mettre en place des systèmes alimentaires durables. Le rôle central des petites exploitations agricoles est à nouveau mis en exergue : « une attention particulière sera accordée à l’appui aux petites exploitations agricoles, car ce sont elles qui garantissent aux communautés locales l’accès à la nourriture. » Une victoire politique majeure dont se félicitent Entraide et Fraternité ainsi que les autres ONG rassemblées au sein de la Coalition contre la faim qui n’ont cessé de promouvoir l’agroécologie et l’agriculture familiale depuis plus de 10 ans comme une piste crédible pour répondre aux problèmes de la faim, de la perte de biodiversité et du réchauffement climatique.

Le prochain combat réside dans le passage à l’acte des autorités en doublant, au minimum, la part des programmes de développement qui soutiennent l’agroécologie (seulement 16 % à l’heure actuelle).

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COMMERCE INTERNATIONAL : L’HEURE DE LA RÉGULATION

Le problème de cohérence entre la politique commerciale extérieure et l’objectif de sécurité alimentaire est également pointé par la ministre Meryame Kitir : « Il ne sert à rien d’aider les agriculteur·rices locaux·ales à devenir autonomes si la politique commerciale menée annihile tous ces efforts. »

L’heure semble donc à la régulation du commerce international, comme en témoigne l’accord de gouvernement : « La Belgique n’acceptera de nouveaux accords de commerce et d’investissement que lorsque les normes sociales et environnementales (normes fondamentales de l’OIT, compatibilité avec l’Accord de Paris, etc.) sont applicables et contraignantes. »

Une position qui permet de renforcer les mouvements d’opposition dont Entraide et Fraternité fait partie aux accords de libre-échange et notamment celui entre l’Union européenne et le Mercosur qui réunit quatre pays latino-américains (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay). Sous la pression de la société civile, le Parlement européen s’est justement opposé le 7 octobre à ratifier cet accord de libre-échange car il ne respectait pas les normes sociales et environnementales.

3

MULTINATIONALES : UNE RÉSOLUTION POUR METTRE FIN À L’IMPUNITÉ

La Chambre des représentants de Belgique a adopté tout début janvier 2021 une résolution qui demande au gouvernement belge de légiférer pour que les multinationales respectent les droits humains et protègent l’environnement.

Cette résolution a été impulsée par une rencontre de députés avec nos partenaires philippins en 2019 à laquelle Entraide et Fraternité a grandement contribué. Elle constitue un premier pas vers l’adoption d’une loi belge obligeant les multinationales à prendre toutes les mesures nécessaires afin d’éviter des violations de droits humains et les atteintes à l’environnement, et obtenir de leur part une réparation en cas de dommage.

Plusieurs exemples montrent que cette législation est nécessaire, comme le cas de l’entreprise Feronia-PHC, soutenue par la banque de développement belge BIO, dont les impacts négatifs sur les droits des populations locales et l’environnement sont documentés et démontrent de graves manquements quant à sa prétendue mission de développement.

4

L’ANNULATION DE DETTES REMISE À L’AGENDA POLITIQUE

Avant même l’arrivée de la pandémie, 64 pays du Sud dont la RD Congo et le Rwanda dépensaient davantage pour rembourser la dette que pour financer le secteur de la santé. Entraide et Fraternité a dénoncé cette injustice dans de nombreuses cartes blanches parues dans la presse et interpellations parlementaires dès le début de la pandémie. Le 1er septembre, le pape François appelait à « effacer la dette des pays les plus fragiles, à la lumière des graves impacts des crises sanitaires, sociales et économiques qu’ils doivent affronter suite à la Covid-19 ».

Suite au plaidoyer d’Entraide et Fraternité, Caritas et Broederlijk Delen, les évêques de Belgique ainsi que plus de 120 représentants religieux provenant de la RD Congo, du Rwanda ou encore de Madagascar ont signé un courrier à destination du FMI et de la Banque mondiale en vue de l’annulation de la dette des pays du Sud. Le travail d’Entraide et Fraternité a également eu pour effet que la représentante de la Belgique à la Banque mondiale ait été auditionnée à la Chambre des représentants.

Cette pression a contribué au retour de l’annulation de la dette à l’agenda de la Coopération belge au développement. La ministre reconnaît, en effet, l’endettement des pays en développement, qui s’est encore accru en raison de la Covid-19, comme un obstacle permanent dans leur lutte contre la pauvreté.

Avec ses partenaires de la société civile, Entraide et Fraternité continuera d’insister auprès de nos décideurs pour que la Belgique annule le remboursement de ses créances pour 2021 et incite les institutions internationales et les créanciers privés à faire de même.

illustration : deux mains déchirent un contrat

ANALYSES, CARTES BLANCHES ET ÉTUDES

27 analyses, 8 cartes blanches et 3 études ont été produites par Entraide et Fraternité. L’année 2020 a regorgé de questionnements de fond sur la pandémie, son impact auprès de nos partenaires, la justice climatique, les résistances mises en place. Nos textes de positionnement ont analysé des scandales et dysfonctionnements de grandes institutions internationales et reposé la question de l’annulation de la dette des pays appauvris. Ces documents, dont certains sont parus dans la presse, sont essentiels afin d’interpeller les personnes prenant des décisions politiques et renforcer la mobilisation citoyenne.

couverture de l'analyse
Dette et souveraineté alimen

Promouvoir la souveraineté alimentaire, c’est dénoncer un obstacle majeur au droit des peuples et des communautés à maîtriser ce qu’elles produisent et ce qu’elles mangent : la dette.

couverture de l'analyse
Accords de libre-échange : une marche à (pour)suivre ?

Une analyse qui départage le vrai du faux sur les accords de libre-échange. Elle permet de mieux comprendre en quoi ce modèle n’est pas souhaitable pour un futur qui assure à la fois le bien-être et les droits des populations.

couverture de l'analyse
Quand hévéa rime avec violations de droits : le cas de l’entreprise belge SIAT

Les projets d’agrobusiness dans les pays en développement sont des paris risqués. Le cas de SIAT permet d’avoir un nouvel éclairage 100 % belge sur les effets de l’imposition de projets de monocultures à grande échelle.

Toutes les cartes blanches ainsi que les analyses et les études sont à retrouver sur entraide.be/-plaidoyer-

Nos actions d’éducation à la citoyenneté mondiale et solidaire

célébration de messe à l'église des Riches Claires

SOLIDARITÉ AVEC HAÏTI

À l’occasion des 10 ans du tremblement de terre qui coûta la vie à plus de 280.000 Haïtiens et Haïtiennes et fit des centaines de milliers de blessé·e·s et de sans-abri, Entraide et Fraternité a organisé plusieurs événements afin de témoigner sa solidarité avec le peuple haïtien.

Le 11 janvier, plus de 100 personnes se sont rassemblées à Bruxelles à l’initiative du CNCD 11.11.11 pour échanger avec des organisations haïtiennes dont le GAFE, partenaire d’Entraide et Fraternité, et réfléchir à des pistes de solution pour qu’Haïti soit mieux armée face aux catastrophes naturelles.

Le 12 janvier, l’émouvante célébration commémorative à l’Église Notre-Dame aux Riches-Claires, à Bruxelles, a connu un succès énorme avec plus de 450 personnes réunies. « Malgré le sort, le peuple haïtien se tient debout! Avec vous, sœurs et frères haïtiens, nous voulons nous engager en Église pour témoigner notre solidarité » a exprimé Mgr Jean Kockerols, évêque auxiliaire de Bruxelles.

LA CAMPAGNE DE CARÊME BOULEVERSÉE PAR LA COVID-19

La campagne de Carême, dédiée à la justice climatique en Haïti a débuté normalement (rencontres de la solidarité organisées avec l’Unité pastorale de Colfontaine, avec le doyenné de La Roche-en-Ardenne, etc.). La crise sanitaire de la Covid-19 a ensuite surgi en Belgique et dans le monde et a bouleversé nos vies.

Début mars, Entraide et Fraternité décide tout d’abord d’annuler la venue de ses partenaires haïtiens. Quelques jours plus tard, nous nous retrouvons toutes et tous confiné·e·s, les églises doivent fermer leurs portes… Face à cette situation exceptionnelle, les événements qui étaient prévus sont tous annulés.

annonce RCF diffusion dimanche rameaux

« LE VIRUS A TOUT BOULEVERSÉ. RESTAIT ALORS LE OSSIBLE : ARTICLES DANS LE BULLETIN PAROISSIAL, MAILING PAROISSIAL INVITANT À ALLER CONSULTER LE SITE INTERNET D’ENTRAIDE ET FRATERNITÉ, ETC. BIEN PEU DE CHOSES… MAIS AU FINAL, BONNE SURPRISE : LES PAROISSIENS ONT OUVERT NOS MAILS, LES ONT LUS ET ONT VISITÉ LE SITE. CE FUT BIEN SÛR MOINS CONVIVIAL MAIS CELA NOUS A HEUREUSEMENT PERMIS DE RELAYER LA CAMPAGNE ENVERS ET CONTRE TOUT. »

Pierrette Vis, volontaire en Brabant wallon et membre de notre CA

ENTRAIDE ET FRATERNITÉ ÉGALEMENT PRÉSENTE EN COMMUNAUTÉ GERMANOPHONE

Depuis presque 40 ans, Entraide et Fraternité est l’une des rares ONG belges à être active auprès de la communauté germanophone de Belgique (77.500 habitants) à travers son association sœur à Eupen, Miteinander Teilen. Son travail d’éducation se fait directement en allemand et en prenant en compte les spécificités culturelles de la région. Entraide et Fraternité se félicite de voir ses outils et ses thématiques de travail relayés dans les régions d’Eupen et de l’Eifel grâce au soutien des volontaires et de l’équipe de Miteinander Teilen mais aussi du ministère de la Communauté germanophone.

des élèves belges et rwandais dans une école au Rwanda

MOVE WITH AFRICA AU RWANDA

Dans le cadre de l’opération Move With Africa de La Libre Belgique, Entraide et Fraternité a emmené en voyage d’immersion au Rwanda deux écoles en même temps : des élèves de l’enseignement général du Collège de Kain et des élèves de l’enseignement technique et professionnel du Lycée provincial Hornu Coldfontaine. Au programme : partage du quotidien des communautés paysannes qui luttent pour leur sécurité alimentaire, échanges sur la justice environnementale et apprentissage de la couture et menuiserie avec d’autres élèves d’écoles rwandaises. Un voyage riche qui leur a permis de faire tomber certains stéréotypes, tant par rapport aux populations du Sud qu’entre eux.

DES ACTIONS D’ÉDUCATION PRINCIPALEMENT EN LIGNE

Une fois le choc passé du premier confinement, l’équipe d’Entraide et Fraternité a principalement mis en place des webinaires, c’est-à-dire des rencontres et moments de débat en ligne. Ceux-ci se sont surtout focalisés sur les effets de la Covid-19 dans les pays du Sud, et évidemment en Haïti.

Le webinaire Un monde en crises. Regards haïtiens sur le monde d’après a été un véritable succès, avec 320 personnes qui ont entendu notamment Ricot Jean-Pierre de la Plateforme Haïtienne de Plaidoyer pour un Développement Alternatif (PAPDA) rappeler que le principal virus qui ravage les Haïtien·ne·s est celui du capitalisme. Un autre webinaire Les pays du Sud face à la Covid-19 a mis en évidence que la pandémie de Covid-19 frappait davantage certains pays et partenaires.

Au total, plus de 3.000 personnes ont participé aux activités d’éducation d’Entraide et Fraternité en 2020. Un beau résultat dans un contexte exceptionnel.

capture d'écran d'une rencontre en ligne

Objectif prioritaire : les droits des enfants et des jeunes

125 enfants (83 filles et 42 garçons) ont déjà rejoint le réseau mis en place par Tuktan Sirpi afin que les enfants puissent agir ensemble. Ils ont tout d’abord été formés à leurs droits écologiques et ont identifié les trois principaux problèmes environnementaux de leur quartier, à San Sebastián de Yalí : la pollution de l’eau, l’excès de déchets dans les rues (qui sont notamment déversés dans les ruisseaux) et la déforestation qui favorise les inondations et les maladies liées.

Tuktan Sirpi a ensuite accompagné les enfants du réseau à sensibiliser le reste de la communauté et à se mobiliser :

  • 146 autres enfants ont pris conscience de leurs droits écologiques à travers la création d’expositions dans les écoles.
  • Suite à des formations de Tuktan Sirpi à la réalisation d’interviews et de reportages (prise de son, diction, etc.), 35 reportages radio et vidéos ont été produits par les enfants du réseau afin de faire prendre conscience aux adultes de l’importance d’un environnement sain et dénoncer certaines habitudes nocives. Ces reportages ont été diffusés sur les réseaux sociaux, les radios locales ainsi que sur la radio de Tuktan Sirpi, gérée par les enfants depuis plusieurs années.
  • Un « agenda municipal des droits écologiques des enfants » a été élaboré par le réseau d’enfants. Ce document sera présenté aux autorités locales afin que celles-ci incluent les propositions des enfants dans les plans de développement de la communauté.

Ces différentes actions ont déjà amené certains adultes à se mobiliser avec les enfants, avec notamment l’assainissement de certaines sources d’eau. Un début prometteur pour garantir un environnement sain aux enfants.

Guatemala

Beaucoup d’associations se sont vues contraintes de fermer leurs portes au début de la crise mais le MOJOCA (Movimiento de los Jovenes de la Calle), partenaire d’Entraide et Fraternité et mouvement créé et composé d’anciens jeunes de la rue, a résisté. Ses membres ont même décidé de diminuer leur salaire afin de pouvoir aider davantage les jeunes de la rue.

L’aide du MOJOCA s’est surtout concentrée sur la distribution de nourriture, le soutien psychologique, les conseils de prévention de la Covid-19 ou encore les soins médicaux. À l’initiative de Gérard Lutte, fondateur du MOJOCA, un collectif de six associations s’est également constitué et a permis une meilleure coordination de l’aide aux jeunes de la rue.

Les enfants appauvris se mobilisent pour un environnement sain

NICARAGUA
Entraide et Fraternité a soutenu un nouveau projet de son partenaire Tuktan Sirpi au Nicaragua, pays où le gouvernement de Daniel Ortega dissimule à la population les effets de la pandémie de Covid-19. L’objectif de Tuktan Sirpi est d’ccompagner les enfants (entre 11 et 15 ans) vivant dans les quartiers pauvres de la ville de San Sebastián de Yalí, particulièrement affectée par la détérioration de l’environnement, à s’organiser et se mobiliser pour défendre et promouvoir leurs droits écologiques.

Les jeunes de la rue aux côtés d’autres jeunes de la rue

GUATEMALA
Dès le mois de mars, le gouvernement guatémaltèque a pris des mesures strictes afin de faire face à la Covid-19 qui frappe le pays, et notamment la capitale, Guatemala City.

LES DROITS ÉCOLOGIQUES?

Le changement climatique et les problèmes liés à la détérioration de l’environnement tels que l’eau polluée ou la pollution de l’air sont devenus selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) une des principales causes des décès des enfants de moins de cinq ans.

Les droits écologiques des enfants signifient dès lors le droit pour chaque enfant de grandir dans un environnement sain afin de pouvoir développer des perspectives d’avenir positives.

Distribution alimentaire

EN BELGIQUE

Dans le cadre de sa campagne annuelle des droits des enfants, d’octobre à décembre, Entraide et Fraternité a sensibilisé quelque 220 enfants de 10 à 12 ans de trois écoles primaires de Bruxelles (Sainte-Marie à Saint-Gilles, Saint-Joseph à Evere et le Centre Scolaire de Ma Campagne à Ixelles) au quotidien des enfants accompagnés par Tuktan Sirpi, au Nicaragua.

Rodrigo, Mileydi, Lourdes, Libny et Miriam, obligés de travailler pour subvenir aux besoins de leur famille, ont expliqué par vidéos les différentes étapes suivies pour développer leurs capacités de participation depuis leur arrivée au sein de Tuktan Sirpi.

Ces témoignages ont permis aux enfants des écoles bruxelloises de déconstruire leurs stéréotypes sur les enfants travailleurs (par exemple : ils ne vont pas à l’école, ils sont malheureux, etc.) et de prendre conscience que, dans un pays considéré comme moins développé, les enfants connaissaient mieux leurs droits que les enfants en Belgique et se mobilisaient pour les défendre. Entraide et Fraternité a ainsi par la suite accompagné les 220 enfants à approfondir leurs droits avec la construction d’un Arbre des Droits.

Impressionnés par le courage de ces enfants au Nicaragua, les enfants des écoles bruxelloises ont également confectionné un recueil de dessins, poèmes et messages d’encouragement qui a été traduit et envoyé aux enfants de l’association Tuktan Sirpi. Le début d’une belle solidarité.

Objectif transversaux : genre et droits civils et politiques

femmes manifestent

Pérou : l’aboutissement de 60 ans de lutte

Le 30 septembre, le président péruvien a signé la loi préalablement approuvée par le Congrès péruvien, qui reconnaît et protège les droits des travailleuses domestiques. L’aboutissement de plusieurs décennies de lutte de la société civile, dont IPROFOTH (Institut de promotion et de formation des travailleuses domestiques), organisation composée de travailleuses domestiques, partenaire d’Entraide et Fraternité depuis de nombreuses années.

Un combat d’une vie comme en témoigne Clementina Serrano, présidente d’IPROFOTH : « J’ai commencé à lutter dès mon premier travail en tant que domestique, à 14 ans. Aujourd’hui, j’en ai plus de 60. Aujourd’hui, nous célébrons avec une grande joie cette nouvelle loi qui nous reconnaît enfin comme faisant partie de la société et protège nos droits. » Et maintenant ? Il est essentiel de s’assurer que ces droits enfin reconnus soient respectés. Une tâche compliquée actuellement. Par peur que les travailleuses domestiques transmettent le virus ou suite à la perte de revenus de leur employeur à cause de la crise, de nombreuses travailleuses domestiques ont été licenciées sans recevoir aucune compensation. Une situation à laquelle les autorités peinent à réagir dans un contexte de propagation incontrôlable du virus.

Un fonds d’urgence pour les militant·es des droits humains et de l’environnement

Face à la criminalisation de plus en plus forte par les pouvoirs en place de nos partenaires et des communautés qu’ils soutiennent, Entraide et Fraternité a créé un fonds d’urgence.

Brésil : soutien juridique à 3.107 familles paysannes soutenues par la Commission Pastorale de la Terre de la région Goiás (CPT) et menacées d’expulsion de leurs terres suite à des mesures votées par le gouvernement Bolsonaro.

Guatemala : soutien juridique, médical et psychologique à quatre membres des communautés de Retalhuleu, soutenues par CEIBA. Ils sont victimes de procédures judiciaires de la part des sucreries El Pilar et Magdalena car ils dénoncent les effets néfastes, notamment sur la santé, causés par l’expansion des sucreries et leur utilisation de pesticides.

Pérou : soutien juridique renforcé à la famille ChaupeAcuña, symbole de la lutte pour la terre au Pérou et défendue par Grufides.

Haïti : soutien juridique qui a permis de libérer trois leaders paysans soutenus par la PAPDA et emprisonnés illégalement. Leur crime? Lutter contre des projets d’agrobusiness qui accaparent les terres agricoles des petits paysans et paysannes.

couverture de l'analyse

60 ans après, il est temps de décoloniser les esprits

En marge des manifestations contre les violences policières et le racisme qui ont eu lieu en juin 2020 sous le slogan Black Lives Matter, le débat sur la colonisation belge, sur la responsabilité de la Belgique dans l’extrême pauvreté de ses anciennes colo- nies a été relancé.

En tant qu’ONG belge et partie prenante d’une politique publique (la Coopération au développement) établie par un ancien État colonisateur, nous devons nous questionner sur les processus de décolonisation. Sommes-nous là pour « aider », pour donner bonne conscience à la Belgique ou pour réparer une injustice ?

Dans une analyse intitulée Indépendance du Congo. 60 ans après, décoloniser les esprits ? Entraide et Fraternité a abordé le pourquoi de ce questionnement aujourd’hui au sein de la société civile en Belgique.

Une partenaire d’Entraide et Fraternité à la tête du congrès péruvien

Entraide et Fraternité se réjouit de la nomination fin novembre à la prési- dence ad interim du Congrès péruvien de Mirtha Vásquez, avocate et ancienne directrice de Grufides, partenaire d’Entraide et Fraternité depuis de nombreuses années.

Mirtha Vásquez s’était lancée début 2020 dans la vie politique, après des années à défendre, malgré de nombreuses menaces, les droits des communautés paysannes face aux violations commises par les entre- prises minières dans la région de Cajamarca, au Nord-Ouest du Pérou.

Son abnégation est essentielle dans un pays fortement affecté par la Covid-19 ainsi que par une profonde crise politique, trois présidents s’étant succédé en une semaine au mois de novembre, sur fond de corruption généralisée.

Mirtha Vásquez a déjà présenté de nombreux projets de loi : la fin de l’impunité des parlementaires, la protection des défenseurs et défenseuses des droits humains ou encore une taxe sur les grandes fortunes pour aider les plus pauvres qui sont victimes de la Covid-19. Des projets qui donnent l’espoir d’un Pérou où la classe politique est au service du peuple péruvien et non plus au service de ses propres intérêts particuliers.

Mirtha Vásquez

Sauvons notre Maison commune

deux mains plantent une jeune pousse

Créer un mouvement de transition écologique et sociale mené par les catholiques en Wallonie et à Bruxelles, tel est l’objectif du projet Sauvons notre Maison commune lancé en partenariat avec la Commission Justice et Paix Belgique francophone.

Dans son encyclique Laudato Si’, le pape François appelle à embrasser une conversion écologique intégrale, à se mobiliser afin de faire face aux multiples crises sociales et environnementales (changement climatique, explosion des inégalités, etc.) qui s’aggravent et mettent en péril notre Maison commune. La pandémie de Covid-19 est venue s’ajouter et a même renforcé ces crises, démontrant l’urgence d’une transition écologique et sociale de nos sociétés.

Le projet comporte deux volets principaux dont le premier est pris en charge par Entraide et Fraternité et le second par la Commission Justice et Paix.

Volet 1 : mise en place d’initiatives de transition

L’écologie intégrale prônée par le pape François dans sa lettre encyclique Laudato Si’ se concentre notamment sur les actions que les croyant·e·s peuvent réaliser.

Entraide et Fraternité a pour ambition d’accompagner les communautés catholiques (paroisses, unités pastorales, diocèses, communautés religieuses, etc.) et les écoles catholiques qui souhaitent approfondir la réflexion sur l’écologie intégrale mais aussi identifier et mettre en place des initiatives de transition au sein de leur communauté ou école. Les mouvements déjà en cours en France (Église verte) ou en Flandre (Ecokerk) serviront d’inspiration.

Volet 2 : élaboration d’un plaidoyer politique

L’écologie intégrale prônée par le pape François revêt également une importante dimension politique.

À cette fin, la Commission Justice et Paix mènera un travail de plaidoyer auprès des représentant·es politiques afin que ceux-ci et celles-ci encouragent les initiatives citoyennes et adoptent des réglementations beaucoup plus ambitieuses pour faciliter cette transition écologique et sociale. Les citoyen·ne·s seront également incité·e·s à interpeller directement leurs décideurs politiques.

« Nous avons besoin d’une conversion qui nous unisse tous, parce que le défi environnemental que nous vivons, et ses racines humaines, nous concernant et nous touchent tous. »

Pape François
Vous désirez contribuer à la transition écologique et sociale en Wallonie et à Bruxelles ? N’hésitez plus : benoit.schoemaeker@entraide.be - 0493 51 86 02

Solidarités & communication

Un Carême confiné, d’où jaillit la solidarité

En 2020, Entraide et Fraternité a bénéficié d’une récolte de fonds particulièrement fructueuse. Alors que la crise sanitaire éclatait en pleine campagne de Carême impactant fortement nos activités, nous nous sommes réinventés en développant de nouveaux outils de récolte de fonds pour permettre à chacun, à chacune, de témoigner sa solidarité. Au total, en 2020, nous avons collecté 1.461.731 euros de dons privés. Un montant exceptionnel, qui nous a permis de conso- lider notre mission et, surtout, de ne pas impacter le financement des projets de nos partenaires du Sud.

Malgré la fermeture des églises, nous avons réussi, grâce au soutien des paroisses et de nos volontaires, à faire vivre la solidarité. Nous avons opté pour des outils de dons en ligne pour permettre à toutes celles et ceux qui le souhaitent, malgré le confinement, de réaliser leur don de Carême. De même, nous avons renforcé notre présence dans les médias papier traditionnels en insérant des lettres d’appel aux dons. Nous avons été très généreusement soutenus tant par nos fidèles donateurs et donatrices que par de nouveaux donateurs et donatrices qui nous ont rejoints. Nous les remercions ici de tout cœur.

Cette générosité exceptionnelle a été dopée à partir de juin par la déductibilité des dons à 60 % qui nous a permis de compenser une partie des pertes des collectes que nous recevons habituellement des paroisses en temps de Carême et qui n’ont pu se tenir à cause de la crise sanitaire.

15 novembre : Journée Mondiale des Pauvres

À l’occasion de la Journée Mondiale des Pauvres initiée par le pape François il y a 4 ans, la Conférence épisco- pale de Belgique a décidé de mobiliser toutes les paroisses francophones au cours d’une seconde collecte exceptionnelle pour la destiner à Entraide et Fraternité. Elle a connu un beau succès en ligne.

Merci de tout cœur aux paroisses, à nos bénévoles, à nos donateurs et donatrices d’avoir répondu présents en cette année de multiples crises. Merci d’avoir fait vivre la fraternité plus que tout.

Une présence en ligne renforcée

Le recours au numérique via notamment la diffusion en ligne d’une série de contenus vidéos (20.000 vues de la vidéo sur notre page Facebook sur la justice climatique en Haïti, par exemple), l’envoi de kits de communication via l’e-mailing ont permis d’atteindre nos publics pendant le confinement. L’enregistrement de webinaires et leur diffusion sur notre page Facebook ou notre chaîne YouTube a incontestablement représenté un intérêt nouveau pour de nouveaux publics.

Les Comptes

Produits

Dons privés 1.461.731 €
Paroisses, écoles et groupes 61.802 €
Subsides publics 2.683.443 €
Fondations 226.773 €
Legs et autres recettes 123.022 €
Total 4.556.772 €
illustration des chiffres ci dessus
32 %
1 %
59 %
5 %
3 %

Charges

Programme partenariat international 2.432.546 €
Programme éducation 558.822 €
Programme plaidoyer 154.425 €
Communication 290.674 €
Récolte de fonds 326.611 €
Coordination et administration 761.592 €
Total 4.524.671 €
illustration des chiffres ci dessus
54 %
12 %
3 %
7 %
7 %
17 %
sous réserve de l’approbation de l’Assemblée générale du 19 juin 2021

Nous sommes membres de l’AERF (Association pour une éthique dans la récolte de fonds) qui garantit la transparence dans l’utilisation des dons. Nous adhérons à son code déontologique dans lequel est repris un droit à l’information.

Nos comptes et bilan sont audités et certifiés par le cabinet MAILLARD, DETHIER & CO, réviseur d’entreprises indépendant.

Ils sont publiés sur le site internet de la Banque Nationale et sur le site internet de Donorinfo, le label Je donne en confiance.

Vous les trouvez également sur notre site internet entraide.be.

logo Donorinfo
logo Bank Nationale
logo AERF
paysannes guatémaltèques avec check-liste et précautions sanitaires (masque et lavage des mains)

2020 est une année qui restera dans les mémoires. Le 1 janvier, personne n’y aurait cru, et pourtant cela s’est déroulé… Nous traversons une grave crise de société ; la crise sanitaire aura eu des répercussions importantes dans nos vies à tous. Pour Entraide et Fraternité, la fermeture des églises à l’aube du Carême aura mis en péril la collecte de Carême telle que nous la mettons en œuvre depuis 60 ans.

Malgré tout, grâce à une réaction exceptionnelle de nos donateurs et donatrices, Entraide et Fraternité termine l’année 2020 avec un résultat financier positif.

Les fonds propres levés sont exceptionnels et s’élèvent à 1.646.555 €, principalement constitués de dons privés ; la collecte de Carême aura été, par contre, très faible et aura diminué de l’ordre de 85 % par rapport à l’exercice 2019.

Les subsides publics restent stables pour s’établir à 2.683.443 €. Si l’appui prévu par la Coopération belge continue à constituer la principale partie de ces subsides, les autres bailleurs publics pour le programme partenariat international ont financé des projets pour environ 132.000 € complémentaires, tendance qui va en augmentation depuis plusieurs années. Les subsides privés (226.773 €) continuent de renforcer nos actions de partenariat international.

La somme totale des fonds propres d’Entraide et Fraternité reste très importante (41 % des produits, ce qui inclut aussi les subsides d’origine privée). Ceci nous permet une indépendance financière stratégique essentielle et nous donne la capacité de continuer à mener nos activités de soutien à des associations de pays du Sud (54 % des dépenses) qui, selon leurs propres priorités, luttent contre la pauvreté, promeuvent l’agriculture familiale comme l’un des moyens de lutter efficacement contre la faim et promeuvent l’application des droits des enfants. Cela nous permet également de poursuivre nos activités de sensibilisation et mobilisation du public belge aux enjeux du mal-développement (12 %) ainsi que celles de plaidoyer auprès des décideurs politiques (3 %).

Comme lors de l’exercice précédent, une partie de nos recettes a été consacrée à la récolte de fonds (7 %) et à la communication (7 %), deux activités qui restent capitales pour envisager le futur avec confiance et maintenir, voire renforcer, le soutien de nos donateurs, donatrices et sympathisant·e·s.

Les frais administratifs et de coordination restent faibles (17 %), bien en-dessous de ce qui est permis par la législation belge dans le secteur des ONG (20 %).

Merci infiniment aux donateurs et donatrices, sympathisant·e·s, paroisses, écoles, groupes sportifs et de solidarité, testateurs et testatrices, activistes qui continuent à nous soutenir « pour que la Terre tourne plus juste ! » Sans vous, notre ONG ne pourrait pas avoir tout l’impact et le retentissement d’aujourd’hui, un impact tout particulier en ces temps de monde en transformation profonde.

Merci aussi aux institutions publiques et privées : Direction générale de la Coopération-DGD, Wallonie-Bruxelles International-WBI, Fédération Wallonie-Bruxelles, Ministère de la Communauté Germanophone, CNCD, EHK-Vienne, Fondation Lebbe-Havenith, La Croix du Sud et bien d’autres encore. Avec leurs soutiens ajoutés aux dons que notre public nous confie, un nombre plus important de projets de solidarité internationale, d’éducation au développement et de plaidoyer a pu se réaliser.

Intégrité

L’importance qu’Entraide et Fraternité attache à l’intégrité s’est concrétisée à travers, à la fois, l’engagement pris en 2018 en adhérant à la Charte Intégrité proposée par le SPF Affaires étrangères, Commerce extérieur et Coopération au Développement ainsi qu’en adoptant, en interne, un Code éthique et le document Politique de signalement et traitement des plaintes.

Le Code éthique comporte notamment l’engagement d’Entraide et Fraternité à prendre des mesures rapides, justes et appropriées pour répondre aux atteintes aux valeurs et aux principes définis dans cet instrument juridique approuvé par le conseil d’administration du 3 mars 2020. Toute partie prenante interne ou externe a le devoir de signaler immédiatement toute suspicion, inquiétude et/ou fait de violation de ce code. Pour ce faire, elle se conforme à la Politique de signalement et traitement des plaintes mise en place (également depuis le 3 mars 2020).

Rapport du Gestionnaire de Traitement des Plaintes

Dans ce contexte, a été désigné en juin 2020, un Gestionnaire de Traitement des Plaintes (GTP), en la personne de Me Jacques LAFFINEUR, avocat au Barreau de Bruxelles, qui est le garant du traitement des plaintes depuis leur réception jusqu’à la convocation du Comité de Traitement des Plaintes (CTP) et la proposition d’un plan (confidentiel) d’action dont le GTP coordonne la mise en œuvre et rend compte dans un rapport d’enquête final.

Au terme de l’année 2020, aucun signalement ou plainte n’a été porté à l’attention du GTP.

In memoriam

Nous rendons hommage à toutes les personnes dispa- rues au cours de l’année 2020, qui nous étaient proches par leur engagement : volontaires, donateurs et dona- trices, testateurs et testatrices.

Chacun et chacune a inscrit pour toujours son nom à nos combats pour un monde juste et fraternel. Nous gardons au cœur une infinie reconnaissance pour avoir eu la chance de croiser leur chemin. Ils nous ont tant apporté. Ils continueront longtemps à nous inspirer dans la construction d’un monde juste et fraternel.

Nous exprimons notre profonde gratitude en particulier à plusieurs volontaires que nous voulons ici citer : Thérèse Dantoing, Thierry Tilquin, Jean-François Grégoire et Jean-Louis Undorf.

Pendant de très nombreuses années, Thérèse a été une volontaire particulièrement active pour notre association dans la province du Luxembourg en tant que membre de la commission Action Vivre Ensemble Namur-Luxembourg et du bureau régional dans lesquels elle apportait un regard clairvoyant sur les projets à soutenir.

Jean-François, Thierry, Jean-Louis étaient, quant à eux, trois théologiens d’ouverture, progressistes, pour une Église proche des pauvres et des plus exclus. Ils ont tant contribué à éclairer de la force de l’Évangile notre lutte contre la pauvreté. Jean-François et Jean-Louis ont été successivement conseillers théologiques au sein de notre association. Jean-François et Thierry, membres de notre Assemblée générale.

protrait de Thérèse Dantoing
Thérèse Dantoing
protrait de Thierry Tilquin
Thierry Tilquin
portrait de Jean-François Grégoire
Jean-François Grégoire
portrait de Jean-Louis Undorf
Jean-Louis Undorf

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